Assoun as possible

Entrée de novembre 2009

Prince Ali

06/11/2009 · Laisser un commentaire

Ali Bongo investi Président de la République du Gabon, le 16 octobre 2009C’est fait. Après son élection controversée, le 30 août dernier, Ali Bongo Odimba a  été « sacré », vendredi 16 octobre, Président de la République du Gabon. Il prend ainsi la tête de ce petit Etat pétrolier d’Afrique centrale, à la suite de son père décédé au printemps dernier : Omar Bongo, sans doute le plus ancien et le plus trouble allié de la France en Afrique.

Continuité de la Françafrique, ses relations compromettantes, ses jeux de réseaux,  cette interdépendance occulte des politiques franco-africaines ? Le fils du « mollah Omar » a beau s’en récrier, plaidant pour « la rupture » et la « moralisation de la vie politique gabonaise », on est en droit d’en douter : ne sera-t-il pas tenté de reprendre cette coutume paternelle, qui consistait à éliminer les rivaux par la corruption, au point de philosopher : « L’opposition n’est pas chose permanente »? Après la volonté de rénovation des relations avec les anciennes colonies affichée par le candidat Nicolas Sarkozy, l’inflexion de la politique africaine de la France, marquée par le départ du rénovateur Bruno Joubert de la cellule Afrique de l’Elysée, marque bien un retour aux vieilles habitudes qui ont émaillé la Vème République.

FrançafriqueCes liens incestueux, cette ambiguïté qui fonde les relations entre la France et l’Afrique autour des intérêts stratégiques et économiques de l’Hexagone au détriment de la société africaine, Pierre Péan en brosse un tableau édifiant dans son ouvrage, Affaires Africaines. J’ai déjà pris, dans ces pages, mes distances avec ce journaliste controversé aux thèses parfois tendancieuses, et il convient donc d’analyser sa théorie avec circonspection. Force est de reconnaître, néanmoins, qu’elle fait écho à nombre de propos rapportés ailleurs…

Pris dans un tourbillon de barbouzes, de mercenaires et de sociétés écrans, on y découvre un Gabon où se constitue, au fil des ans, sous la houlette de Jacques Foccart, secrétaire d’Etat aux affaires africaines et malgaches du Général de Gaulle, un Clan prêt à tout pour préserver ses intérêts économiques et stratégiques. C’est ainsi que la rencontre à Libreville d’acteurs hors du commun, sur fond d’enjeux pétroliers, exacerbera dans ce petit pays d’Afrique, l’interpénétration des influences et la fluctuation des pôles de pouvoir. Toujours mu par les mêmes moteurs, la politique, l’argent et l’ambition, ce cocktail explosif liera indissociablement le destin du Gabon à notre Vème République.

Tout commence, donc, par cette volonté des hauts dirigeants français de garder l’Afrique francophone dans leur « domaine réservé ». Ainsi, ne craignant pas l’ingérence, le France intervient militairement en 1964 pour remettre au pouvoir le vieux Léon M’Ba, premier Président du Gabon, renversé quelques heures plus tôt par un coup d’Etat. Le sachant malade, Foccart lui cherche ensuite un successeur qui continue à préserver les intérêts de la France : son dévolu se porte sur Albert-Bernard Bongo, ancien employé des Postes et agent des services français, qui vient à Paris pour être littéralement « testé » par le Général, avant d’être élu Vice-Président en 1967, dans des conditions rocambolesques qui voient le Président M’Ba, agonisant à Paris, prêter serment à l’ambassade du Gabon.

Jacques Foccart et Omar BongoLorsqu’il accède à la magistrature suprême, à la mort de M’Ba en novembre 1967, celui qui deviendra Omar Bongo à sa conversion à l’islam a 32 ans et n’est que la « marionnette de la France ». Il ne doit sa place qu’à la « galaxie Foccart », ces réseaux d’intérêts français savamment organisés autour de lui, où l’on croise des membres des services (le SDECE, ancêtre de la DGSE), du Service d’Action Civile (SAC), des anciens de l’OAS, des Bérets Verts, et les pétroliers d’Elf. Le colonel Maurice Robert, ancien du SDECE, passé à Elf-Gabon avant de devenir ambassadeur de France à Libreville incarne ce mélange des genres.

Ce « Clan des Gabonais » constitue une véritable toile d’araignée aux ramifications tellement puissantes que, lorsque Foccart quitte l’Elysée avec l’arrivée au pouvoir de Valery Giscard d’Estaing, il survit parfaitement et parvient à poursuivre ses « coups » en marge des circuits officiels dont il s’affranchit. Les membres du Clan sont tous liés par un intérêt commun : la sauvegarde du régime. D’un côté, Bongo tient sa légitimité et sa sécurité du Clan : les militaires français et la Garde Présidentielle, truffée de coopérants hexagonaux, sont la clef de coûte et les seuls garants de son pouvoir. De l’autre, les réseaux Foccart sont sûrs de trouver en la personne du jeune président un allié fidèle qui fermera les yeux sur leurs malversations et leur diplomatie parallèle, pratiquées au nom d’une « certaine conception des intérêts de la France », qu’il défendra à coup sûr.

On n’est donc pas trop regardant sur les « services » que l’on rend au jeune maître de Libreville. Des mercenaires, à l’instar du truculent Bob Denard, sont chargés du « sale boulot » : on leur attribue nombre de coups tordus, depuis la tentative de coup d’Etat au Bénin voisin, jusqu’à l’assassinat d’opposants politiques ou d’un amant de la Première Dame…

Le colonel Bob Denard, mercenaire en Afrique (ici aux Comores en 1995)Le Président Bongo s’en accommode d’autant mieux qu’il y trouve son compte. Disposant de la clef des richesses gabonaises, il peut rapidement mettre en place un système, aux rouages huilés par la manne pétrolière, qui lui permet d’accaparer l’essentiel des ressources nationales. En offrant à Elf des marges substantielles, il crée des liens indissolubles entre le Gabon et le pétrolier français qui en devient, via la Provision pour Investissement Diversifié (PID), le principal promoteur industriel, en alimentant près de 60% du budget national. Ces poches de l’Etat, qui auraient une certaine tendance à se confondre avec celles de son Président, sans doute déjà remplies par d’avantageuses rétro-commissions… Dans son livre, Blanc comme nègre, Bongo récuse ce terme et lui préfère celui de « rémunérations » accordées par Elf-Gabon au titre de services rendus.

On le voit, les parrains français de ce Gabon indépendant ont réussi à le débarrasser des oripeaux de la démocratie et de l’éthique. Forts de leur emprise sur le Président Bongo, ils y ont mis en place un système pour défendre leurs intérêts économiques, stratégiques, militaires et énergétiques, qu’ils confondent volontiers avec ceux de la France et qu’appuient leurs puissants relais à Paris.

Pourtant, très vite, la marge de manœuvre de Bongo va s’accroître : il va prendre son autonomie pour devenir, à son tour, le véritable parrain du Clan… D’abord, force est de reconnaître qu’Omar Bongo a très vite su faire ses preuves sur le plan intérieur et s’imposer, aux yeux de la France comme du reste du monde, comme un facteur incontournable de stabilité et d’unité du Gabon. Fin connaisseur des tensions latentes dans le pays, en particulier ethniques, il sait composer avec celles-ci pour les inhiber et réduit l’opposition à force de corruption. En somme, en maintenant un système politique unipartite jusqu’en 1990, Bongo entend prévenir les dangers du multipartisme qui, dans le contexte de jeunes nations africaines encore à bâtir, constitue “un élement de désordre et de stagnation” et “cristallise les divisions” en favorisant notamment les replis ethniques. Ce faisant, il faut mettre à son crédit le climat globalement pacifique de ses 41 ans de règne, qui accroîtra sa crédibilité au plan international.

Ensuite et surtout, pour s’affranchir de la tutelle du Clan et en prendre à son tour la tête, Bongo dispose d’un atout de poids. De fait, à force d’observer les pratiques des réseaux Foccart, de subventionner les campagnes des différents partis politiques français, Bongo connaît bien des secrets. Comme ses matières premières, son silence et sa complicité ont un prix.

A ce stade, les jeux d’influence cessent d’être à sens unique. Fin connaisseur des chausse-trapes et des coups fourrés de la vie politique hexagonale, Bongo en devient un des acteurs incontournable et courtisé. Il aurait ainsi joué un rôle non négligeable dans l’affrontement entre Jacques Chirac et Valery Giscard d’Estaing. Jusqu’alors, la politique de Libreville se décidait en France. Désormais, le Président gabonais pèsera également sur les décisions de Paris, bénéficiant  en ce sens aussi bien du noyautage de l’appareil d’Etat français par le Clan que de ses réseaux maçonniques. C’est lui, par exemple, qui impose au Président Giscard d’Estaing la nomination de l’ambassadeur de France au Gabon, Maurice Robert, en 1979. On en vient à dire que la politique africaine de la France se dessine exclusivement entre la rue Nélaton, siège d’Elf, et Libreville…

Omar BOngo et François MitterrandAu final, ce sont donc de complexes canaux de renseignements et de diplomatie parallèles qui sont à l’œuvre et l’intrication des affaires gabonaises et de la politique française qui s’affirme. En dépit des volontés de vent nouveau, la realpolitik s’impose à Paris : la défense des intérêts de la France laisse les grands principes sur le bas-côté de la route. François Mitterrand lui-même devra abandonner ses a priori initiaux sur un Gabon, “repaire de barbouzes” infréquentable, car précisément, sur cette route tortueuse, note encore Omar Bongo avec componction, « l’Afrique sans la France, c’est une voiture sans chauffeur, la France sans l’Afrique, c’est une voiture sans carburant. »

Aujourd’hui, Jacques Foccart n’est plus, mais ses réseaux subsistent sous des formes diverses, et son héritier, l’ineffable avocat franco-libanais Robert Bourgi, a pris le relais. Fin connaisseur de l’Afrique et de ses dirigeants, il apparaît comme l’éminence grise, l’intermédiaire officieux de l’Elysée sur le continent noir. Quand les circuits officiels martelaient à l’envi, avant l’élection présidentielle du 30 août, qu’ « au Gabon, la France n’a pas de candidat », Bourgi prenait position – à titre personnel ! – en faveur d’Ali Bongo, « le meilleur défenseur des intérêts français dans tous les domaines ».

La preuve que la Françafrique, avec son cortège de réseaux d’intérêts et de canaux diplomatiques souterrains, a encore de belles heures devant elle…

LC.

Ecouter Robert Bourgi sur l’élection présidentielle gabonaise et la Françafrique

 

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Plaidoyer pragmatique pour le nucléaire

04/11/2009 · Laisser un commentaire

Centrale Nogent-sur-SeineLes récents incidents autour du nucléaire, exacerbés par les doutes émis sur la sécurité de l’EPR, entraînent une résurgence systémique d’un « antinucléarisme » primaire, qu’il convient de condamner.

Force est de reconnaître que la filière nucléaire, compte tenu de sa complexité et de la toxicité des matières radioactives, peut susciter des craintes légitimes. Tchernobyl est une réalité que l’on ne peut nier, tandis que le stockage et le traitement des déchets radioactifs constituent un véritable enjeu.

Bien sûr, les applications militaires du nucléaire peuvent mettre en danger la sécurité globale et les risques de prolifération sont à prendre avec le plus grand sérieux.

Evidemment, les coûts de construction des centrales nucléaires sont exorbitants, et la dérive budgétaire de l’EPR finlandais d’Olkiluoto nous le rappelle.

Soit. Mais il convient d’aborder ces craintes et ces réticences en toute lucidité, sans verser dans la dramatisation. A dessein, certains agitent les peurs et assènent des contre-vérités en prétendant par exemple, que le nucléaire est aussi « sale » que les énergies fossiles : l’approvisionnement en matières premières ou l’hypothétique transport des déchets contribuent certes aux émissions de gaz à effet de serre, mais dans une bien moindre mesure que les seuls rejets industriels d’une centrale à charbon classique ! Les réacteurs de quatrième génération, dits surgénérateurs, s’inscriront même, pour leur part, dans une perspective de « nucléaire durable ».

Ne jetons pas, donc, le bébé avec l’eau du bain. Il est faux, et proprement scandaleux, de dire que la filière nucléaire est dans notre pays aux mains d’une « caste d’Etat » qui en couvrirait les errements.

logo_asnBien au contraire, la sûreté nucléaire et la radioprotection font l’objet, en France, d’une surveillance extrêmement vigilante et d’un contrôle de tous les instants, exercés par un organisme indépendant créé en 2006, l’Autorité de Sûreté Nucléaire, et dont les récents incidents mis en cause ne sont que les avatars. C’est dans cet esprit là également qu’il faut comprendre les réserves émises par l’ASN et ses homologues britannique et finlandaise, au sujet du système de contrôle de l’EPR. Rien de plus.

Il convient de rappeler ici que l’accident de la tranche 4 de la centrale de Tchernobyl (une explosion d’origine chimique – non atomique – qui a permis la libération de particules hautement radioactives) est intervenu en 1986, dans une URSS déclinante et exsangue. Alors, si bien sûr le risque zéro n’existe pas, il est certain que la filière nucléaire française, gestion des déchets comprise, fait l’objet d’un contrôle permanent et d’investigations drastiques, sans passe-droits.

De même, réclamer l’abandon du nucléaire en France au nom des risques de prolifération me paraît proprement illusoire. Peut-on vraiment penser que le renoncement français empêcherait la Corée du Nord ou l’Iran de poursuivre leurs programmes militaires, quand le Pakistan, instable et potentiellement livré aux trafics, dispose des ressources et des technologies nécessaires ? Pis encore, cet abandon priverait, à terme, notre pays de l’expertise et de la légitimité pour évaluer le développement de ces programmes, ou leur opposer des alternatives civiles.

Quant aux coûts des centrales, il faut prendre conscience que le nucléaire infléchit la dépendance vis-à-vis des énergies fossiles. C’est à la lumière de leur tendance haussière (et toujours plus volatile !) qu’il faut évaluer ces coûts, amortis sur la très longue durée de vie d’une centrale (à ce jour, au moins 30 ans pour celles qu’EDF met en œuvre).

Soyons donc raisonnables. Il faut évidemment encourager en parallèle le développement d’énergies renouvelables (avec, toutefois, une réserve pour l’éolien dont l’implantation géographique doit procéder d’une étude préliminaire scrupuleuse : l’électricité n’étant pas stockable, le parc éolien doit être couplé à une autre source énergétique activée en cas d’absence de vent).

Pour autant, force est de convenir, sans enthousiasme ni fanatisme, mais avec pragmatisme, que le nucléaire constitue, en l’état actuel des connaissances et de la technique, la seule solution immédiatement disponible pour réduire la dépendance vis-à-vis des énergies fossiles et diminuer les émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique.

La France produit 78% de son électricité au nucléaire et son savoir-faire en la matière est internationalement reconnu. Notre pays dispose là d’un atout stratégique considérable. Ne le fossoyons pas !

LC.

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