Les récents incidents autour du nucléaire, exacerbés par les doutes émis sur la sécurité de l’EPR, entraînent une résurgence systémique d’un « antinucléarisme » primaire, qu’il convient de condamner.
Force est de reconnaître que la filière nucléaire, compte tenu de sa complexité et de la toxicité des matières radioactives, peut susciter des craintes légitimes. Tchernobyl est une réalité que l’on ne peut nier, tandis que le stockage et le traitement des déchets radioactifs constituent un véritable enjeu.
Bien sûr, les applications militaires du nucléaire peuvent mettre en danger la sécurité globale et les risques de prolifération sont à prendre avec le plus grand sérieux.
Evidemment, les coûts de construction des centrales nucléaires sont exorbitants, et la dérive budgétaire de l’EPR finlandais d’Olkiluoto nous le rappelle.
Soit. Mais il convient d’aborder ces craintes et ces réticences en toute lucidité, sans verser dans la dramatisation. A dessein, certains agitent les peurs et assènent des contre-vérités en prétendant par exemple, que le nucléaire est aussi « sale » que les énergies fossiles : l’approvisionnement en matières premières ou l’hypothétique transport des déchets contribuent certes aux émissions de gaz à effet de serre, mais dans une bien moindre mesure que les seuls rejets industriels d’une centrale à charbon classique ! Les réacteurs de quatrième génération, dits surgénérateurs, s’inscriront même, pour leur part, dans une perspective de « nucléaire durable ».
Ne jetons pas, donc, le bébé avec l’eau du bain. Il est faux, et proprement scandaleux, de dire que la filière nucléaire est dans notre pays aux mains d’une « caste d’Etat » qui en couvrirait les errements.
Bien au contraire, la sûreté nucléaire et la radioprotection font l’objet, en France, d’une surveillance extrêmement vigilante et d’un contrôle de tous les instants, exercés par un organisme indépendant créé en 2006, l’Autorité de Sûreté Nucléaire, et dont les récents incidents mis en cause ne sont que les avatars. C’est dans cet esprit là également qu’il faut comprendre les réserves émises par l’ASN et ses homologues britannique et finlandaise, au sujet du système de contrôle de l’EPR. Rien de plus.
Il convient de rappeler ici que l’accident de la tranche 4 de la centrale de Tchernobyl (une explosion d’origine chimique – non atomique – qui a permis la libération de particules hautement radioactives) est intervenu en 1986, dans une URSS déclinante et exsangue. Alors, si bien sûr le risque zéro n’existe pas, il est certain que la filière nucléaire française, gestion des déchets comprise, fait l’objet d’un contrôle permanent et d’investigations drastiques, sans passe-droits.
De même, réclamer l’abandon du nucléaire en France au nom des risques de prolifération me paraît proprement illusoire. Peut-on vraiment penser que le renoncement français empêcherait la Corée du Nord ou l’Iran de poursuivre leurs programmes militaires, quand le Pakistan, instable et potentiellement livré aux trafics, dispose des ressources et des technologies nécessaires ? Pis encore, cet abandon priverait, à terme, notre pays de l’expertise et de la légitimité pour évaluer le développement de ces programmes, ou leur opposer des alternatives civiles.
Quant aux coûts des centrales, il faut prendre conscience que le nucléaire infléchit la dépendance vis-à-vis des énergies fossiles. C’est à la lumière de leur tendance haussière (et toujours plus volatile !) qu’il faut évaluer ces coûts, amortis sur la très longue durée de vie d’une centrale (à ce jour, au moins 30 ans pour celles qu’EDF met en œuvre).
Soyons donc raisonnables. Il faut évidemment encourager en parallèle le développement d’énergies renouvelables (avec, toutefois, une réserve pour l’éolien dont l’implantation géographique doit procéder d’une étude préliminaire scrupuleuse : l’électricité n’étant pas stockable, le parc éolien doit être couplé à une autre source énergétique activée en cas d’absence de vent).
Pour autant, force est de convenir, sans enthousiasme ni fanatisme, mais avec pragmatisme, que le nucléaire constitue, en l’état actuel des connaissances et de la technique, la seule solution immédiatement disponible pour réduire la dépendance vis-à-vis des énergies fossiles et diminuer les émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique.
La France produit 78% de son électricité au nucléaire et son savoir-faire en la matière est internationalement reconnu. Notre pays dispose là d’un atout stratégique considérable. Ne le fossoyons pas !
LC.
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