Niels Scott et la guerre climatique

A l’occasion d’un déjeuner aux côtés de M. Niels Scott, j’ai eu l’occasion de découvrir cette figure de l’Humanitaire. L’homme est humble, mais sa sérénité témoigne de quinze années passées sur le terrain, sous la bannière des Nations-Unies et de la Croix-Rouge. Son expérience est impressionnante et ses anecdotes authentiques, passionnantes.

Spécialiste des opérations consécutives aux catastrophes naturelles, il raconte ses aventures, comme Coordinateur des Opérations de la Croix Rouge enlogo croix rouge Asie Centrale (Tadjikistan), à Haïti ou en Afrique de l’Ouest, puis comme chef du Bureau de l’UNOCHA (United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs) au Darfour, où il a passé trois ans. Passé à l’échelon du quartier général, il est désormais responsable, depuis Genève, de la Coordination des Opérations de la Croix Rouge Internationale : il explique les démarches qu’il entreprend auprès des autorités soudanaises, résolues à expulser les humanitaires du Darfour, avec notamment l’envoi d’un émissaire à Khartoum.

D’une façon surprenante, il rapporte surtout que le changement climatique occupe l’essentiel de son temps. La conférence mondiale qui se tiendra à Copenhague, en décembre prochain, sur ce thème, se veut ambitieuse, mais le manque de moyens est criant, et les réticences nombreuses, en particulier du côté des Etats-Unis, de la Chine, et des pays émergents, qui tiennent à leur développement industriel et économique, parfois au détriment de l’environnement.

Pourtant, souligne-t-il, le problème est véritablement préoccupant, même s’il n’est pas encore trop tard. La comparaison qu’il dresse permet de mesurer l’ampleur qu’il attribue au phénomène : pour M. Scott, la résignation du « c’est trop tard, le mal est fait » n’est pas valable, et il se réfère à la course aux armements nucléaires pendant la Guerre Froide. Cet emballement avait alors suscité la crainte de la communauté internationale devant la démultiplication du nombre de têtes nucléaires, qui paraissait irréversible. Force est de constater que la tendance s’est pourtant (un peu) inversée, comme en attestent les récentes négociations entre Barack Obama et Dmitri Medvedev : la volonté collective a permis de faire marche arrière. En somme, « yes, we can« .

desertMais par-delà ces considérations, le réchauffement planétaire suscite le pessimisme de M. Scott, en ce qu’il risque, selon lui, de générer des guerres climatiques. Ainsi, il considère que le conflit au Darfour n’est qu’un des avatars du changement climatique : la sécheresse de cette région du Sahel a entraîné des déplacements de populations vers des terres plus fertiles, attisant des tensions ethniques préexistantes qui ont alors dégénéré. Dans cette même perspective, il craint l’éclatement d’une « guerre de l’eau » en Asie centrale, autour d’une mer d’Aral qu’il dit en totale déliquescence.

En un mot, donc, pour Niels Scott, l’eau deviendra bientôt l’idéal au nom duquel seront menés les conflits du XXIème siècle, comme la religion fut celui des croisades, les valeurs révolutionnaires celui des guerres napoléoniennes, l’idéologie celui de la Guerre Froide, ou la démocratie celui des « guerres contre le terrorisme » initiées par l’Administration Bush. Déjà, on sait que le contrôle des détroits représente un atout géopolitique majeur, que l’Egypte, avec son canal de Suez, sait particulièrement bien exploiter.La Jeanne d'Arc dans le Canal de Suez (décembre 2006)

De même, le statut de la Mer Caspienne, riche en ressources hydrocarbures, divise les cinq Etats riverains. Enfin, le bail contracté en 1997 par Moscou sur le port ukrainien de Sébastopol, qui héberge le quartier général de la flotte russe de la Mer Noire, est un objet de tensions entre la Fédération de Russie et Kiev, qui menace d’en modifier les conditions. L’idéal aquatique a donc bien vocation à devenir symbole de puissance et marque de suprématie.

C’est dire combien « l’avenir de l’eau« , pour reprendre l’élégante expression d’Erik Orsenna, revêt un intérêt géopolitique majeur et constitue un enjeu de stabilité crucial.

LC.

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2 réponses à “Niels Scott et la guerre climatique

  1. Et dire que pendant ce temps là, tu te goinfrais de sushis…

  2. Je n’y crois pas il est super connu

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