Est-il absurde de désirer l’impossible ?

Voilà le sujet de philosophie sur lequel ont dû plancher les candidats du Baccalauréat scientifique, ce jeudi.

Il y a bien longtemps que j’ai quitté les classes de philosophie, et je n’aurais pas la prétention de proposer ici une solution académique : les inconditionnels du triptyque thèse – antithèse – synthèse trouveront leur bonheur dans la multitude de corrections qui doivent sans doute foisonner, à l’heure actuelle, sur Internet.

Il n’empêche que ce sujet nous interpelle tous : qui n’a pas un jour rêvé à l’impossible ?
Les lecteurs assidus de ces pages trouveront dans mon billet en date du 14 janvier 2009, Voguer vers de nouveaux horizons, certains éléments de réponse.

Au risque de me répéter, je dirai donc que, bien sûr, il est des désirs absurdes. S’engager dans une voie qui mène nécessairement à l’échec, c’est manquer de clairvoyance et se laisser entrainer dans la spirale de la frustration. Certes. Mais toute la subtilité est donc bien dans la définition de cet impossible. N’y a-t-il pas, en effet, certains impossibles qui valent la peine d’être poursuivis ? Quand bien même ne seraient-ils pas atteints, ne peut-on pas s’en approcher ?

Poursuivre l’impossible n’est pas absurde, à condition que ce désir permette le progrès : on n’atteindra sûrement pas le but final, l’idéal inaccessible, mais on contribuera tout de même à s’élever. Dans ce dépassement, certes incomplet, il y a l’espoir d’une amélioration. Il y a la perspective d’un projet, individuel ou collectif, qui permette d’avancer. Rappelons-nous que les plus grands progrès de l’humanité sont précisément nés d’un de ces paris fous.

Qui aurait pu croire, en pleine Seconde Guerre Mondiale, à l’idée du Président Roosevelt d’une Organisation des Nations unies ?
Pourtant, au lendemain de la guerre, des ruines de Stalingrad et du vacarme de Normandie, naissait l’une des plus extraordinaires constructions des hommes : « Pour la première fois dans l’Histoire de tous les peuples du monde, toutes les nations acceptaient de se réunir dans une enceinte commune pour se parler par-delà les divisions » (Nicolas Sarkozy, 25 septembre 2007, Discours d’ouverture de la LXIIème Assemblée générale des Nations unies).

Qui aurait pu croire qu’après s’être entre-déchirées pendant trois guerres, la France et l’Allemagne adhéreraient à l’idée des pères fondateurs, Robert Schumann en tête, pour fonder dès 1950 la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier, puis la Communauté Economique Européenne en 1958 ? Qu’auraient répondu nos Poilus si on leur avait annoncé, dans l’âpreté des tranchées, que le couple franco-allemand serait un jour l’architrave d’une Union Européenne ?

Le Général de Gaulle disait « La gloire se donne seulement à ceux qui l’ont toujours rêvée », exaltant ainsi la force de la volonté, qui, dans bien des cas, si elle ne permet pas d’atteindre l’impossible, permet de s’en approcher.

Et comme dans une formidable coïncidence historique, ce sujet a été posé un 18 juin… Qui aurait pu croire, là encore, au pari insensé du Général, qui depuis Londres lançait sur les ondes de la BBC, un appel à la Résistance, tandis que la France, défaite par la Werhmacht, s’apprêtait à cesser le combat et que le régime était sur le point de sombrer dans la lâcheté de la collaboration ?

Il y a dans cet exemple une incitation au dépassement et à l’audace, une invitation à « aller plus loin ». La preuve que tout engagement n’est pas vain.  Balayer le désir d’impossible, dans son acception la plus générale, c’est tomber dans le renoncement et la stagnation : avec pragmatisme et lucidité, sans idéalisme naïf, il faut prendre conscience que le désir d’impossible peut être constructif.

A l’heure où les déboires du capitalisme financier et l’émergence de nouvelles puissances bouleversent la donne géostratégique,

A l’heure du retour de l’Histoire, tandis que les certitudes vacillent et que l’Humanité hésite, devant d’immenses défis, sécuritaires, environnementaux ou sanitaires,

A l’heure où, pour citer Jacques Attali, « Nous sommes à la fois en 1933 et en 1945« , entre le gouffre du repli sur soi et du renoncement, et l’espoir d’un renouveau du multilatéralisme,

Souvenons-nous que le 18 juin 1940, un général de brigade à « titre temporaire » désirait l’impossible.

Le même général qui, ce 18 juin 2009, aurait sans nul doute écrit que cela n’avait pas été tellement absurde…

LC.

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Une réponse à “Est-il absurde de désirer l’impossible ?

  1. je n’avais pas remarqué la très belle photo en haut de ton blog. Sûrement un professionnel.
    En tous les cas moi je sais ce qui est possible pour l’auteur de ce blog.

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