Prix Ilan Halimi de la Fraternité et de la Tolérance

Le Prix Ilan Halimi de la Fraternité et de la Tolérance a été remis, le 2 décembre dernier, à la Maison des Jeunes et de la Culture de Ris-Orangis, par M. Jacques Chirac, en présence de nombreuses personnalités parmi lesquelles les ambassadeurs de Jordanie, du Maroc, d’Egypte, du Qatar, de Tunisie et d’Israël, et la représentante de l’autorité palestienne à Paris.

L’attachement de Jacques Chirac au dialogue des cultures est reconnu de longue date et s’affirme aujourd’hui à travers sa Fondation. Au coeur de ce combat, la lutte contre l’antisémitisme constitue une des lignes de force de l’action du Président Chirac, avec comme point d’orgue le discours du 16 juillet 1995 au Vélodrome d’Hiver.

Grâce à Mme Nicole Yardeni, que je tiens ici à remercier, il m’a été donné de prendre part à la cérémonie du 2 décembre dans les salons de l’Hôtel de Lassay, à l’Assemblée Nationale, et je retranscris ici l’essentiel du discours tenu par M. Jacques Chirac.

« Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,

Monsieur le Ministre,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Chère Tsipi Livni,

Chère Simone Veil,

Monsieur le Recteur de la Mosquée de Paris,

Monsieur le Grand Rabbin,

Monsieur le Président, Cher Pierre BESNAINOU,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

Je suis particulièrement heureux de me trouver parmi vous, ce soir, pour remettre le premier « Prix Ilan Halimi de la Fraternité ».

Et je veux avant tout remercier le Président de l’Assemblée Nationale, Bernard ACCOYER, d’avoir saisi l’importance de cette cérémonie, en mettant à notre disposition les magnifiques salons de l’Hôtel de Lassay.

Je remercie également le Président Pierre BESNAINOU et, à travers lui, le Fonds Social Juif Unifié, pour l’initiative qui nous réunit. Une initiative qui mobilise autour des valeurs de notre République. Une initiative qui nous permet d’honorer la mémoire du jeune Ilan Halimi, assassiné dans les conditions les plus abjectes il y a bientôt quatre ans.

Je félicite toutes celles et tous ceux qui se sont engagés dans cette démarche de mémoire. Et je suis très honoré qu’ils m’aient demandé d’être parmi vous pour remettre le premier Prix Ilan Halimi.

Je suis venu, ce soir, vous dire que je me reconnais dans votre combat. Dans votre volonté de rapprocher les jeunes issus de cultures différentes. De tirer les leçons de ce qui a été une rare barbarie :

« Souviens-toi. N’oublie pas ».

« Zakhor, Al Tichkah ».

J’avais prononcé ces mots terribles, en 2005, pour les soixante ans de la libération du camp d’Auschwitz. Mais ce n’est pas que le nombre qui fait l’horreur d’un crime.

C’est la barbarie de l’assassin. Alors, je vous le dis ce soir de la même façon, « Zakhor, Al Tichkah ».

Enlevé, séquestré, torturé, laissé pour mort au seul motif qu’il était juif, Ilan Halimi aura payé, de sa vie, une haine gratuite que l’on espérait disparue.

A sa famille, à ses proches, et tout particulièrement à sa mère, Ruth Halimi, je veux redire aujourd’hui que je ne les oublie pas.

La cérémonie du 23 février 2006 à la synagogue de la Victoire restera à jamais gravée dans mon cœur.

J’ai déjà eu l’occasion de le dire : l’antisémitisme n’est pas une opinion. C’est une perversion. Une perversion qui tue.

Mon inquiétude, aujourd’hui, c’est que bien au-delà de cette barbarie, bien au-delà des crimes, l’antisémitisme, et toutes les formes de racisme, sont encore là, insidieusement présents dans notre société.

Trop de discriminations stigmatisent la religion, l’origine, les convictions.

Trop de discriminations minent encore notre pacte républicain.

Elles empoisonnent notre démocratie.

Elles remettent en cause notre cohésion nationale.

Elles portent atteinte au respect auquel chacun a droit.

Elles laminent, notamment chez les jeunes, la foi dans les valeurs de la République.

Face au racisme,

face à l’antisémitisme,

face au rejet de l’autre,

notre mobilisation doit être sans faille.

Nous devons nous inscrire résolument dans la fidélité à nos valeurs.

Nous devons faire évoluer les esprits.

Nous devons redonner confiance dans la République.

Nous avons le devoir de veiller scrupuleusement et en toutes circonstances au respect de la dignité de chaque personne humaine.

Le Prix que je m’apprête à remettre à la Maison des Jeunes et de la Culture de Ris- Orangis est, à ce titre, exemplaire. […]

Vous avez compris que l’égalité entre les hommes et entre les cultures est un principe vivant. Or, il ne va pas de soi. Il faut sans cesse l’affirmer et l‘enrichir.

Vous avez compris que la différence est un enrichissement et qu’on peut tous apprendre de l’autre.

Vous avez compris l’importance de la connaissance mutuelle et du dialogue : la tolérance et le respect se nourrissent du dialogue. C’est en connaissant la culture de l’autre qu’on le comprend. Et c’est de cette compréhension que naît la paix entre les hommes, la paix entre les peuples.

Vous le savez mieux que quiconque, Mesdames et messieurs les Ambassadeurs dont je salue particulièrement la présence parmi nous.

Pour prévenir les conflits, autant que pour faire vivre nos valeurs républicaines, nous devons encourager ce dialogue.

Un dialogue des cultures qui repose sur une idée simple, celle que toutes les cultures ont une égale dignité.

Elles portent toutes une part du génie de l’humanité.

Parce qu’elle fait triompher l’esprit de tolérance et d’ouverture, l’initiative de la Maison des Jeunes et de la Culture de Ris-Orangis est aujourd’hui récompensée. Et je souhaite qu’elle soit reproduite ailleurs.

Par d’autres.

Dans d’autres contextes.

Je le souhaite de tout mon cœur parce qu’elle correspond profondément à une vision du monde à laquelle je crois :

Je crois à la primauté du droit sur la force.

Je crois au refus intransigeant des haines ethniques et religieuses.

Je crois au respect, à l’égalité des cultures et des civilisations. Oui, je crois en l’Homme et en ses capacités.

Mes Chers Amis,

Vous avez choisi de répondre au plus odieux des actes par la promotion des valeurs de la République. Vous avez choisi d’honorer la mémoire de Ilan Halimi en mettant en valeur le rapprochement des cultures et des traditions.

Grâce à vous, grâce à votre vigilance, grâce à la mobilisation de toutes celles et de tous ceux qui ont accepté de vous accompagner dans cette initiative, nous parviendrons, je le sais, à bâtir, ensemble, une société plus solidaire et plus humaine.

Je suis heureux de remettre le « Prix Ilan Halimi de la Tolérance et de la Fraternité » aux représentants de la Maison des Jeunes, et de la Culture de Ris-Orangis, et de leur adresser mes plus chaleureuses et mes plus sincères félicitations pour leur action.

Je vous remercie. »

Je remercie le Président Chirac d’avoir bien voulu me transmettre le texte intégral de son discours.

LC.

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