Faire parler l’Histoire à tort et à travers

(g. à d.) Pierre Lellouche, Viviane Reding, Eric Besson

Billet d’humeur, en cette fin d’un mois de septembre qui a vu la bêtise le disputer à l’inacceptable, autour de la question des Roms.

Libre à chacun d’avoir son opinion sur les mesures d’expulsion prises par le gouvernement français.

Bien sûr, il est particulièrement périlleux de stigmatiser un groupe ethnique, et la circulaire du 5 août, ciblant une catégorie de populations au titre de leurs origines, devait être retirée.

Pour autant, il n’en reste pas moins inacceptable d’entendre des responsables politiques et associatifs, et jusqu’à la Commissaire européenne à la Justice et aux Droits fondamentaux, entreprendre un comparatif douteux, et disons le tout net nauséabond, entre ces événements et la déportation des Juifs et des Tziganes au cours de la Seconde Guerre Mondiale !

Que n’a-t-on pu lire comme aberrations ?

Certains, bien trop prompts et sans mesure, n’ont pas hésité à se draper des oripeaux de la Résistance pour mieux défendre les valeurs de la République, face, nous disait-on, à une dérive pétainiste aux relents nazis !

On a même vu l’évêque de Toulouse relire en chaire  la lettre de son héroïque prédécesseur, Monseigneur Saliège, ce Juste parmi les Nations et Compagnon de la Libération, qui osa, au cœur de l’été 1942, braver la répression allemande en s’indignant des traitements infligés aux Juifs… Dans la foulée de ce détournement déplacé, La Dépêche du Midi n’hésitait pas à titrer : « Après les Juifs, les Roms… »

Comment manquer à ce point de discernement ? Comment oser un tel parallèle ?

Entendons-nous bien : il ne s’agit pas ici d’établir une quelconque hiérarchie dans les persécutions ethniques… Il s’agit simplement de constater que les expulsions de Roms ne s’inscrivent en aucun cas dans une démarche d’extermination raciale.

Non, « l’aéroport de Roissy, ce n’est ni Beaune-la Rolande, ni Drancy », et la circulaire du 5 août est sans commune mesure avec la conférence de Wannsee, du 20 janvier 1942, initiatrice de la Solution Finale…

Non, renvoyés en avion dans leur pays d’origine, un pécule en poche, le sort des Roms n’a rien à voir avec le destin des victimes de la barbarie nazie, déportées en wagons à bestiaux vers les sinistres chambres à gaz d’Auschwitz, Treblinka ou Mauthausen…

Non, l’administration française n’a à ce jour pas détourné une partie de ses ressources pour bâtir, et administrer, des camps de la mort destinés à éradiquer la population rom…

Il convient donc de faire preuve de mesure autant que de décence.

Le devoir de mémoire, si précieux, ne doit pas mener au déni de réalité. Le passé, s’il doit servir de guide pour éclairer le présent, ne peut être invoqué avec cette désinvolture coupable. Procéder ainsi procède d’une double erreur, lourde de conséquences.

D’abord, on trahit un sentiment de culpabilité qui conduit à sur-réagir aux expulsions de Roms, pour mieux effacer certaines passivités des heures noires de la Seconde Guerre Mondiale. Défendre la population rom pour mieux expier l’expérience collaborationniste.

C’est se tromper de combat. C’est faire preuve d’une totale incompréhension du monde actuel et de ses différences avec le contexte des années 1940. En s’engageant sur ce chemin glissant, on se détourne d’une analyse lucide de la situation, pourtant indispensable pour en appréhender les racines profondes et tâcher d’y trouver des solutions adaptées.

Pis encore, de cette façon, on s’éloigne du véritable débat, pour s’enliser dans une polémique, aussi légitime qu’évitable.

Le passé est trop précieux pour être ainsi instrumentalisé. Le présent est trop complexe pour être ainsi simplifié.

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