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Voguer vers de nouveaux horizons

 » Tu vogues déjà vers de nouveaux horizons… « 

C’est par ces mots que s’achevait une lettre que j’ai reçue il y a deux ans, quelque part entre l’Inde et le Sri Lanka. Formule que le marin que j’étais alors s’est empressé de reprendre à son compte, et que je m’efforce toujours de mettre en application. J’explique déjà, dans le journal de bord de la Jeanne d’Arc*, que j’ai choisi ce navire dans le but de « rencontrer des gens, de découvrir de nouvelles cultures, loin des tableaux noirs des classes préparatoires ». Pour voguer vers de nouveaux horizons, en somme. Il y a bien dans ces quelques mots cette curiosité, cette soif de découvertes qui pousse à toujours aller voir de l’autre côté, à ne jamais cesser de s’émerveiller. Cette capacité à ne pas se satisfaire du présent, pour toujours aller au-devant de nouveaux défis, et ce faisant, de soi-même.

9782259209984r1Je pense d’ailleurs avoir trouvé, dans le nouvel ouvrage de Claude Allègre, Figures de proue, titre où l’on retrouve du reste la référence au monde maritime, les vertus cardinales qui fondent cette devise. L’ancien ministre de l’éducation y retrace le destin de cinq grands hommes qui, selon lui, ont façonné le XXIème siècle tel que nous le vivons : Nehru, De Gaulle, Deng Xiaoping, Gorbatchev et Mandela. Il montre comment, à force de courage, d’énergie, d’imagination et de pragmatisme, ils ont su devenir des acteurs essentiels de l’Histoire.

A mon sens, ces géants incarnent cette capacité à « voguer vers de nouveaux horizons ». Créatifs, ils n’ont eu de cesse d’innover pour explorer de nouvelles routes, s’élevant au-dessus de la condition humaine et entraînant les peuples dans leur sillage éclairé. Combattifs, ils ont su maintenir le cap contre vents et marées, ou bien, plus pragmatiques, s’adapter et accepter le compromis dans la tempête. Sages, ils ont su, avec le vent en poupe, rester humbles et mesurés. Il y a là, chez ces « visionnaires », quelque chose du marin qui, du haut de sa passerelle, scrute l’horizon infini et calme autour de lui, à la fois avide de découvrir ce qui s’y cache, et vigilant face aux courants hostiles. L’âme aventureuse et l’esprit aux aguets.

Bref, voguer vers de nouveaux horizons sonne pour moi comme une incitation au dépassement. Il ne faut pas y voir l’extrapolation volontariste d’une méthode Coué dont l’utopie la plus absurde est sans doute la positive attitude, qui consiste à croire que le mieux adviendra à condition que l’on y aspire fermement. Rejetant le réalisme, en tant que variante du pessimisme, elle prétend par exemple qu’il suffit de se persuader que l’on est capable d’assurer un emprunt immobilier pour en avoir miraculeusement les moyens… La crise actuelle est la meilleure preuve des errances de cette idéologie aberrante qui sacrifie la lucidité à l’optimisme, l’action volontaire à l’attentisme. Je n’ai à vrai dire rien contre l’optimisme, mais là où la positive attitude procède d’une posture passive et attentiste, « voguer vers de nouveaux horizons » se veut une démarche dynamique et clairvoyante, fondée sur la force de la volonté, machine de guerre qui, suffisamment nourrie et entraînée, permet de relever des défis chaque fois plus grands.cimg1447

« Le mieux est l’ennemi du bien », m’objectera-t-on. Ce serait ne pas voir qu’il ne s’agit pas ici de se lancer à corps perdu dans une entreprise vouée à l’échec, mais au contraire, de s’engager avec audace, mais de façon raisonnée et lucide. Il y a donc là plutôt un appel à se construire pas à pas, et si le risque est certes présent, à quoi peut-on raisonnablement prétendre si on l’exclut radicalement ?

Une fuite en avant, dira-t-on. Non, car, il faut bien sûr prendre le temps de savourer l’instant présent et ses succès. Pour autant, rien ne vaut l’enthousiasme qui permet de repartir à l’abordage de nouveaux défis, et aux plaisirs déjà acquis d’un quotidien routinier, je préfère la satisfaction de voir de nouveaux efforts récompensés. A l’inverse, il faut aussi bien savoir, humblement, se remettre en question dans les moments difficiles. Là encore, ne pas vouloir assumer ses erreurs ou admettre ses limites, manquer de clairvoyance en refusant de quitter les eaux troubles de l’échec, c’est sombrer dans le tourbillon dévastateur de la frustration et du ressentiment.

dsc00198Erik Orsenna a un jour écrit « celui qui ne prend pas la mer ne connaîtra jamais la vérité » : sans doute voulait-il montrer là que l’on ne se découvre véritablement que face à ces nouveaux défis, dans ce mouvement volontaire,  ce voyage au-devant de soi-même, qui demande de surmonter les écueils et d’affronter des rivages inconnus…

En somme, voguer vers de nouveaux horizons résonne comme une invitation à refuser la stagnation pour, toujours, « aller plus loin ».

J’adresse aux lecteurs mes vœux les plus chaleureux pour 2009.

LC.

*Journal de bord de la Jeanne d’Arc 2006/2007

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